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Ouzbékistan - TadjikistanPartager sur FacebookAuteur Nadine P. Voir ses carnets Ce carnet a été réalisé pendant : LES MONTS FANSKYE Les carnets du même auteur : |
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Voyage effectué avec Allibert lors de l'été 2005
Avant notre départ, les évènements en vallée de Fergana à l'Ouest du pays, nous avaient quelque peu refroidis mais tout se passa sans problème pour nous. Les touristes avaient évité le pays et nous en croisâmes donc très peu sur la plupart des sites.
Paris- Tachkent 5139 km
30 juillet
Arrivée à Tachkent vers 7h00 du matin, vues d'avion, les terres sont arides, la ville semble plutôt grise et triste, énormes building de l'époque soviétique.
Passage de la douane : dans l'avion on nous donné deux formulaires identiques à remplir, le texte est en anglais, il faut déclarer entre autres nos liquidités. Une fois tamponnés les deux exemplaires, il faudra en garder un pour la sortie d'Ouzbékistan. Il fait déjà très chaud, on change nos Euros contre une liasse énorme de Soums. Impression stupide de se sentir riche.
Tachkent
On commence par la visite de la Madrasa Koukeldach (école coranique), qui accueille toujours de nos jours des étudiants.Visite du marché, je remarque particulièrement de lourds et élégants manteaux d'hiver pour les hommes, ainsi que des vêtements de cérémonie très bariolés.
Tachkent - route vers Samarkand
Nous partons ensuite en direction de Samarkand. De nombreux postes de police contrôlent la route. La chaleur devient de plus en plus lourde, déjeuner dans un routier un peu cradouille, la toile cirée me colle aux doigts. J'évite de manger de la salade ou des fruits non lavés car amis voyageurs ... la tourista nous attends ...
Nous reprenons le minibus vers Samarkand, la ville est d'un abord assez moderne, mais j'aperçois déjà les dômes bleus ...Nous sommes accueillis dans une charmante maison d'hôte avec cours intérieure ombragée d'une vigne, un petit bassin rafraîchit l'atmosphère. Les chambres donnent sur cour, la déco est très kitch mais l'ambiance est calme et reposante.
Samarkand - Route vers le Tadjikistan
Au poste frontière, il ne faut pas être pressé, des gens partout attendent patiemment, des bus plus ou moins brinquebalants et des voitures fatiguées, des ânes et des mules, des hommes chargés comme des baudets . J'apprends que pour l'heure de la France il faut compter l'heure exacte, pour l'heure Ouzbèque rajouter dix à quinze minutes, pour l'heure Tadjik, rajouter une heure.
Les passeports sont tamponnés, enregistrés et vérifiés par différentes personnes. Je reconnais sur une affiche le portrait de Ben Laden parmi tous les individus recherchés par la police. Les Ouzbeks et les Tadjiks se faufilent dans notre groupe en nous souriant, ici la débrouille est reine, c'est à qui passera devant l'autre sans aucune gêne et sans respect de l'ordre d'arrivée. A la sortie du poste, une sorte de « piscine » en béton dans laquelle passent les véhicules, désinfection ? J'observe la campagne environnante où des paysans sont aux champs, les miradors et les premières montagnes ... que l'on nous dite truffées de mines près des frontières.
Du côté Tadjik des familles entières attendent endormies sur des cartons empilés les uns sur les autres, des gens modestes qui vivent du commerce, vaisselle, fruits, légumes etc.. entre les deux pays. Du temps de l'URSS les échanges étaient plus faciles car il n'y avait pas de frontières.
Tadjikistan - Les contreforts du Pamir
Pendjikent :
Déjeuner dans un resto, une fontaine rafraîchit l'atmosphère. Une de nos copines s'émeut d'y apercevoir au fond de l'eau des images pieuses ... Je m'avance intriguée : il y a bien de très jolies images au fond de cette fontaine, elles représentent des mosquées .... et aussi des chameaux ... mais que font ces bouteilles au frais ? Je plonge ma main dans l'eau jusqu'au coude, c'est bien ce que je pensais : des étiquettes de bouteilles ... de bière !
Nous traversons des villages très modestes, les toits des maisons sont en tôle ondulée, les murs en bois. Le climat de la région est très rude, très froid l'hiver, caniculaire l'été. Les enfants nous font des signes amicaux en souriant. Un check-point se présente en pleine ville. Notre minibus s'arrête, le chauffeur discute et on repart.
Puis le minibus commence hardiment sont ascension sur les routes chaotiques et poussiéreuses, il peine dans les côtes, le moteur chauffe, on est serrés comme des sardines, peu de place pour les jambes, les gens finissent par s'endormir dans une douce torpeur dodelinant de la tête un coup à droite un coup à gauche en fonction des virages, rien de tel pour souder un groupe ...
Peu à peu la température baisse, en fin d'après midi le soleil a disparu, de paysages arides nous traversons des villages plus verdoyants, il y a probablement beaucoup de sources car il y a de nombreux peupliers.
Les montagnes du Pamir se profilent à l'horizon, et au loin, plus haut ... la neige ...
Nous arrivons à Chourmash dans une maison d'hôtes construite en pisé. A l'entrée, de vieux camions militaires, un jardin potager, le torrent qui gronde, les toilettes dans une cabane en pisé en contrebas près du torrent , où sont entassées des galettes de bouse de vache (chauffage pour l'hiver) : gîte simple et accueillant, très propre.
Avant le repas, nous sortons faire un tour « attention aux chiens » nous conseille notre interprète. Le conseil est bon : ne jamais sortir sans son bâton Ce village, ressemble à ceux que j'ai vu dans le film « Oussama » tourné en Afghanistan, pays frontalier. Avant le dîner, balade dans le village, les gamins nous sourient et nous saluent. Heureux d'apprendre quelques mots nous leur répondons de même ... Au retour, nous évoquons nos exploits linguistiques à notre interprète qui se met à sourire ... les enfants nous ont pris pour des Russes car ce sont pratiquement les seuls touristes à visiter ces régions. Nous avons compris la leçon, nous saluerons désormais d'un Assalam Aleïkoum qui nous ouvrira les portes de la gentillesse et de la curiosité Tadjik ...
Nuit reposante à six par chambre sur des nattes posées à même le sol.
Premier jour de trek au Tadjikistan
1er août
Lever à 6h30, départ à 8h00 : faut pas mollir ! Il fait déjà chaud. Nous n'avons pas assez d'eau dans nos gourdes, on nous a déconseillé celle du torrent à cause des animaux qui paissent en amont. Nous en trouverons plus loin. On grimpe, il fait de plus en plus chaud. Enfin un torrent où nous remplissons nos gourdes, ensuite il faut attendre une demi-heure que le Micropur fasse son effet. Enfin étancher sa soif.
Notre guide s'appelle Goulmourad, il est Tadjik, habillé très modestement, ses chaussures sont de vieilles baskets grises et molles. Il ne quittera jamais son pull-over même en pleine chaleur. Il a son bâton, le visage buriné, il croque des baies rouges en chemin, j'apprends qu'il travaille au Kolkhoze. Un gars taciturne père de dix enfants.
Notre interprète Tadjik est une femme sympathique d'une trentaine d'années, elle a laissé mari et enfants à la ville. Nous aurons ensemble le temps de grandes discussions, elle parle très bien le français et le russe. Une personne cultivée et intelligente.
Nous arrivons près du torrent où nous campons pour la nuit. L'eau est absolument glaciale mais se laver est un bonheur même si le fond de l'air est frais, il faut le faire sous le soleil. Dans l'après midi une camionnette s'arrête près de nos tentes, en descend un gars excité et furieux, une discussion animée s'engage entre lui, notre guide et notre interprète. C'est le chef du Kolkhoze, il n'apprécie absolument pas notre présence ici car selon lui, les muletiers ont laissé leurs bêtes brouter dans ses champs.
On nous dira par la suite qu'il était complètement bourré. Les plus jeunes gars qui l'accompagnaient viendront s'excuser plus tard du désordre provoqué par leur aîné et nous proposerons ... de boire un verre de vodka .. En pleine nuit une des mules surnommées « castafiore » braie de façon effrayante, il faudra s'y habituer. On les aime bien, elles portent nos sacs de voyage, au moins trois par bête, j'ai calculé que cela faisait au moins cinquante kilos de charge.
2 août
On chemine sur des sentiers vers des villages perdus dans la montagne. Notre guide repère une vipère et s'acharne sur elle avec son bâton pour la tuer. Ici on n'est pas tendre avec les animaux. Chez nous les vipères sont protégées et ça me fait mal au cœur quand je vois qu'on lui coupe la tête !
Nos mules finissent par nous rejoindre sur le sentier, l'une d'elles trop chargée s'écroule avec lourdeur, les muletiers lui tapent dessus à coup de bâtons pour la relever mais rien n'y fait, il faudra la décharger pour qu'elle puisse se redresser. Elle aura comme ses congénères une bonne botte de chardons à déguster à l'arrivée ! Après le passage d'un ruisseau à gué, arrivée au premier village de pierres, nous sommes repérés de loin, une petite fille nous apporte un bol de yaourt, il est délicieux, bientôt d'autres bols tendus par des enfants arriveront, quel accueil ! Les gamins barbouillés aux yeux rieurs se pressent auprès de nous et rient de nous, sûrement nos tenues de trekkeurs ! Nous nous arrêtons près d'un torrent, non loin du magnifique lac Alaudin aux couleurs émeraude.
Les tentes sont montées en évitant les nombreuses caillasses, le sol est un peu en pente, on parlemente beaucoup pour trouver en si peu d'espace l'endroit idéal.
Balade près du lac Alaudin. Couleurs sublimes de bleu, de vert, d'émeraude, de turquoise, scintillant à flan de montagne, c'est une pure merveille !
Des cuisiniers Tadjiks venus de Pendjikent y campent pour les vacances, ils ont fait un feu de camp avec des pierres, sur un feu mijote de la soupe et sur l'autre grille du poisson. Ils n'hésitent pas en milieu d'après midi à nous proposer un petit verre de vodka. Ma copine qui est un peu barbouillée me demande de décliner l'invitation ce que nous faisons. Notre interprète gênée par notre refus discute un moment avec eux, ils sont déçus. Il est toujours très difficile de refuser une invitation au Tadjikistan.
3 août 2005
Nous traversons un village où des Russes campent, c'est un ancien camp militaire et il reste des vestiges de casernes. Le sentier grimpe raide vers le lac Mounty, la montée est exigeante, je suis la dernière la plupart du temps, notre interprète ferme la marche, elle est d'une patience incroyable. J'apprécie ce trait de caractère. Nous déjeunons au bord du lac, face au mont Chimtaga (5 485 m) et au glacier.
Bientôt arrivent les taons, il faut se protéger de leurs piqûres et finalement on lève le camp. Nous croisons un campement de Russes et de Lituaniens, venus faire de l'alpinisme, l'endroit près du lac est très venté et glacial la nuit. Nous remarquons un trou remplit de boîtes de conserves rouillées. Il paraît qu'il faut les brûler afin qu'elles se décomposent plus vite. Retour au campement près du merveilleux lac Alaudin.
4 août
Montée par le col de Loudane (3 630m) et sublime descente à 3 000 m au lac Kouli-Kalon où j'oublie ma fatigue.
Lac d'un bleu merveilleux entouré de montagnes et au fond l'énorme glacier. L'endroit est froid et humide, et il faut modérer ses efforts. La mule Castafiore nous fait encore une belle sérénade à la nuit tombée et fait braire ses congénères...
5 août
Nous quittons cet endroit où je serais bien restée une nuit de plus tant le paysage est grandiose. Nous traversons quelques torrents à gué en sautant de pierre en pierre, derrière nous le somptueux glacier en fond de vallée. Ici les arbres ressemblent à des bonsaïs, les conditions climatiques sont difficiles pour la végétation
Plus loin, des familles de bergers sont installées plusieurs mois pour l'alpage, modestes abris de toiles et de bois, de bâches ; l'accueil de ces gens qui n'ont rien est absolument incroyable, la curiosité des enfants, le sourire des jeunes filles espiègles.
Nous arrivons sur les berges du lac à 2500 m d'altitude où une vingtaine de familles de bergers campent avec leurs vaches et leurs mules. Nous montons nos tentes près du second lac en contrebas, les enfants curieux nous suivent, ils sont partout, je me pose à l'entrée de la tente avec mon carnet de voyage et suis aussitôt entourée de deux adorables demoiselles. Ces espiègles se nomment Moutriba et Chaanoza, elles me dictent leur nom que j'écris sur mon carnet et scrutent curieuses l'intérieur de notre humble habitacle.
Balade autour du lac, le jeu des gamins est de grimper en haut d'immenses versants pierreux et de jeter en contrebas d'énormes pierres, le bruit de la chute est absolument effrayant. Super terrain de jeux que la montagne ! Au retour concours de ricochets avec trois garçons délurés, beaucoup plus doués que nous.
La nuit tombe, après le repas que l'on termine avec le génépi qu'a généreusement apporté quelqu'un ainsi qu'une sublime tablette de chocolat, le froid arrive, on fait bouillir l'eau pour les gourdes et personne ne traîne trop pour aller dormir.
Mais ce soir, sérénade at night : les mules se mettent à braire comme d'habitude auxquelles ce soir là s'ajoutent des hurlements stridents dans la montagne (des gamins ?) les chiens se mettent à aboyer à leur tour en répondant à leur propre écho ... mais quand cela va-t-il s'arrêter ? Finalement les boules Quiès et la fatigue de la journée feront leur effet et nous dormirons comme des loirs.
A 5h00 du mat, comme notre tente est installée en bordure du lac, réveil par des bruits de cruches que l'on remplit, des bruits de vaisselle, du passage de mules et d'un chien qui vient renifler la tente, mais il a la délicatesse de se soulager un peu plus loin.
6 août
Départ à 8h00 précise après avoir avalé un déjeuner costaud, le sentier grimpe vers le col de Zierat en contrebas la vallée est magnifique avec ces deux lacs en écrin, ballade sur la crête, le paysage commence à ressembler à la Haute Provence. Premier arrêt près d'un campement de bergers et leurs familles, on nous offre le thé, le yaourt toujours délicieux, le pain, des bonbons. Nous les quittons en leur laissant des petits cadeaux.
Nous reprenons notre marche et peu après rencontrons de nouveau un campement de bergers et leurs familles, habitations de bâches diverses, la base est en pierres et la structure en bois.
Nous goûtons là une délicieuse soupe au lait de chèvre qui surprend les papilles au premier abord (cela me fait penser au piquant du lait ribot) mais finalement délicieuse avec ses herbes.
Nous descendons ensuite vers la vallée, il fait de plus en plus chaud, la descente est très longue et pénible pour les genoux d'où l'utilité des bâtons qui nous servent d'amortisseurs. Sur un chemin tranquille surgit tout à coup un chien qui montre méchamment les dents, en contrebas, je cherche à venir en aide à mes deux compatriotes en méchante posture mais l'une à la présence d'esprit de lui jeter un caillou ce qui le calme quelque peu, son propriétaire arrivera juste à temps pour l'arrêter. Plus de peur que de mal.
Nous arrivons en plein cagnard à Zourmetch et déjeunons chez l'habitant, la maison de pisé est immense avec de belles poutres au plafond. Des tapisseries un peu kitch à mon goût ornent les murs. Solide déjeuner de pâtes, pommes de terre, viande, pommes, le tout arrosé de thé. Des gamins du village se postent sur le mur en face et font les imbéciles pour nous faire rire à travers la fenêtre, nous sommes bien sûr l'attraction de la journée. C'est un honneur de recevoir chez soi des étrangers. Après ce copieux repas, rien de tel pour une sieste digestive à douze sur les tapis moelleux, personne ne bronche, on pique tous notre petit roupillon bien au frais.
Nous quittons nos hôtes et sommes accompagnés de tous les gamins du village.
Ensuite ce sera une descente interminable sur la piste, le long de la montagne escarpée, dans le bruit fracassant du torrent. Il est temps d'arriver au campement, le vent se lève, l'orage gronde. La technique est rodée, on sait monter la tente en un temps record. J'ai une peur bleue de ce torrent si proche en contrebas à quelques enjambées de notre campement et je n'apprécie pas de dormir sous les poteaux électriques en bois. La nuit est assez arrosée, je remarque que les muletiers n'ont pas de tente, ils dorment sous des bâches.
Ces régions reculées sont bien équipées en électricité (héritage de l'Union Soviétique), c'est d'un grand confort pour les habitants, mais les postes au pyralène sont très dangereux pour l'écologie. Mais ici les priorités ne sont pas d'ordre écologiques.
7 août 2005
Départ matinal dans la fraîcheur, le ciel est dégagé. On suit la piste interminable sur des kilomètres et des kilomètres, chaos de rochers, torrent toujours grondant. Quelques passages sur des ponts de bois. Peu à peu le paysage se fait plus verdoyant, d'énormes pierres tombées de la montagne jalonnent le torrent ; je remarque la présence de grandes berces du Caucase. Nous sommes invités à pique niquer dans le jardin d'un berger Tadjik. On s'installe à l'ombre, à côté le potager, la vigne, ici pas de problème d'eau, elle coule de partout de la montagne.
Nous repartons après avoir croisé quelques troupeaux de chèvres et des gens à dos de mule vous saluant la main sur le cœur, et nous de répondre d'un joyeux Assalam !
Mais bientôt le temps se fait à nouveau menaçant, l'orage gronde encore, on se dépêche et nous devenons vite des supers pros du montage express de tente ! On s'écroule sur nos matelas et l'on s'endort une bonne heure et demie en attendant que la pluie s'arrête. On tient absolument à se laver, j'ai des chaussettes dans un sac en plastique, il a gonflé avec la chaleur et l'odeur est quelque peu pestilentielle. Toilette et lessive au bord du torrent, on ne traîne pas ... les doigts attrapent vite l'onglée ! Mais on se lave tout de même les cheveux, exploit assez pénible au moment du rinçage.... Et tout à coup l'eau du torrent devient marron elle charrie les boues descendues de la montagne après la pluie.
Apéro à 18h30 d'un reste de Ricard et ensuite, préparée par notre cuisinière Tadjik, habituelle soupe aux oignons et pommes de terre flottant dans l'huile. Avec quasiment les même ingrédients, le chef des muletiers concocte à son équipe des plats succulents y ajoutant son talent de cuisinier inventif ....et ça sent bon chez eux ... Allez on ne râle pas !
8 août 2005
Départ vers le col de Mounora à 3250 m, on se fait presque 1000 m de dénivelé dans la journée, le début de la montée se fait dans la fraîcheur matinale. Une heure plus tard, nous rencontrons un campement de bergers, ils veulent nous inviter à boire un thé et plus si grande faim mais le cœur n'y est pas, on a envie de continuer et visiblement ils sont déçus, seuls deux de nos compatriotes resteront avec eux et comme il et elle, sont de bons montagnards ils nous rattraperont sans difficultés.
C'est mon premier trek et je trouve la montée exigeante. Sur les dernières centaines de mètres, il n'y a plus de sentier, et ce superbe rocher qui nous nargue là-haut et se dressant comme le minaret d'une mosquée. Arrivée au col, je m'écroule épuisée, mais la vue est magnifique.
Après le déjeuner sieste au soleil, sur les cailloux, la tête sur le sac à dos. Arrivée au campement, on est à 3100 m, toujours ce magnifique glacier en fond de vallée. Toilette toujours très rafraîchissante au ruisseau avant que le soleil ne nous réchauffe plus et ensuite sieste. Déception, il n'y a plus d'apéro la bouteille a été cassée lors du transport sur le dos d'une mule. Nuit très fraîche, j'estime la température à vue de nez à 5 ou 8°C mais personne n'est jamais d'accord, jamais d'accord non plus lorsqu'il s'agit de calculer l'altitude !
9 août 2005
Montée vers le col de Touassang, 3300 m, rencontre avec des bergers qui nous proposent leur délicieux yaourt. On repart et à nouveau, dans un second campement, re-arrêt re-yaourt délicieux. Les enfants courent de partout en riant, je me souviens de ce moment là, j'ai trouvé incroyable et merveilleux le fait d'avoir été accueillis par des mains tendues, quatre femmes en file indienne, souriantes et confiantes, l'une d'elles plus âgée m'a émue, je ne saurais expliquer pourquoi, cette chaleur, cette humanité dans son regard ! Nous sommes tous entrés après nous être déchaussés, dans leur humble cabane de bois et de toiles. Un bébé dormait dans un berceau de bois recouvert d'une épaisse toile à matelas et suspendu depuis le plafond. Il ne s'est même pas réveillé malgré notre présence un peu bruyante.
La maman s'est assise près de moi, elle nous a expliqué qu'elle avait attendu 18 ans avant de l'avoir, elle semblait heureuse et comblée. Nous repartons en leur laissant de petits présents (stylos, petits bijoux, pins) mais c'est mon premier trek si loin, ce n'est pas toujours évident d'évaluer les besoins des populations si lointaines en sachant que nous sommes limités par le poids des bagages.
J'essayerai de me renseigner pour le prochain voyage (brosses à dents ? piles et des pellicules photos comme ils nous ont demandé, mais là ça se complique pour les piles car on sait qu'elles ne seront pas recyclées ...) Un de nos compatriotes a apporté des lunettes de soleil, il faut voir les muletiers les porter avec fierté !
Nous repartons vers le col, il fait déjà très chaud, la montée est difficile mais je commence à m'habituer à la grimpette, il faut marcher doucement à son rythme. Au col, un vent glacial, on aperçoit ce jour là quelques rapaces.
Traversée de très jolis villages, maisons en pisé, les enfants poussent des cris de joie sur notre passage, d'autres montent sur les toits, nous remarquons que la plupart des femmes sont voilées, c'est la tradition de cette région. Soudain nous apercevons le lac (le sixième des sept lacs que l'on peut apercevoir sur une carte du pays) Pour parvenir à notre campement, nous devons marcher sur cette piste interminable. Sur notre chemin nous croisons une jeep, un couple d'allemand et leur guide tadjik, ils voyagent pour le compte d'une une association humanitaire afin de promouvoir l'artisanat et le développement touristique dans la région.
10 août 2005
Longue descente le long de la piste qui serpente entre les sept lacs d'un bleu absolument incroyable. Nous arrivons à Rochnayi Poyon. Accueil chez le chef des muletiers. Il habite une grande maison en pisé, avec vigne, mûriers, jardin potagers, ruches et torrents en fond de jardin. La pièce réservée aux invités est immense, dans le mur le plus long sont prévues des niches pour y accumuler les coussins et les tissus.
Nous y dormirons le soir, sur des tapis, à douze, fenêtres ouvertes sur la nuit calme.
L'après midi est prévu pour une ballade dans le village. Première invitation chez un de nos muletiers pour y boire le thé, déguster du bon miel, partager le pain et une très bonne omelette aux oignons ... la maison est propre et modeste, l'accueil chaleureux, mais nous sommes repus et donnons congé à nos hôtes après une petite heure.
Balades le long du ruisseau, visite de l'épicerie locale, et détour dans une ruelle où nous sommes attendus chez un autre muletier, heureux et flatté de recevoir lui aussi des étrangers dans sa maison. L'endroit est plus cossu, les murs de la pièce principale sont recouverts de boiseries, il a un magnétoscope et la télé. Thé, gâteaux, sucreries ... nous sommes gavés et commençons sérieusement à piquer du nez quand on allume le magnétoscope sur une émission de variétés ouzbèque très kitch et ensuite un film indien à l'eau de rose ... mais il est temps de laisser nos hôtes ... et continuer notre promenade mais un autre muletier nous invite et re-belote il faut y aller.... café, gâteaux, viande de bœuf froide ... l'hospitalité Tadjik n'est pas un vain mot.... Nous rentrons repus ....
11 août 2005
Après un au revoir à toute l'équipe des muletiers et à nos hôtes, il faut à nouveau passer la frontière du Tadjikistan vers l'Ouzbékistan, un endroit triste et glauque. Remplissage des formulaires en russe en deux exemplaires, qu'il faut présenter avec le premier formulaire d'entrée en Ouzbékistan qui est en anglais, ça permet de cocher les mêmes cases sans se tromper !
En route pour Samarkand, retour en Ouzbékistan
11 août 2005
Samarkand : L'arrivée se fait par de grands boulevards construits par les Soviétiques, une ville assez moderne de prime abord mais qui abrite dans ses quartiers historiques les monuments légendaires de la route de la soie ...
Nous commençons notre visite par le marché, sous l'orage, des trombes d'eau comme il n'en est pas tombé depuis des mois, un déluge d'eau marron dévale bruyamment des gouttières ... c'est le plus fameux marché d'Ouzbékistan, et Bernard Ollivier dans son livre Longue marche II. Vers Samarkand en parle mieux que quiconque « Comme tous les bazars orientaux, celui-là regroupe les marchands par spécialité. Marché des épices, des graines, des légumes, des fruits frais, des sucres, des fruits secs, du matériel agricole, de l'équipement des maisons, des tapis, des objets religieux, des vêtements ... Il n'y a pas un, mais dix, cent bazars. S'y ajoutent des vendeurs ambulants qui offrent vêtements traditionnels ou rouleaux de ficelle, ou encore des samsas tout juste sortis du four. Comme une étrave fend l'onde qui s'écarte et se referme sitôt le bateau passé, les commis se fraient dans la foule un chemin pour leur chariot débordant de nippes, de ferrailles ou de victuailles ... »
Visite de la mosquée Bibi Khanum.
Bibi Khanum était la femme préférée de Tamerlan, fille de l'empereur de Chine. Son immense coupole bleue surgit derrière le marché, impressionnante de beauté « son dôme serait unique s'il n'y avait les cieux et unique serait son portail s'il n'y avait la voie lactée »
Notre hôtel à Samarkand m'évoque les maisons prétentieuses des feuilletons américains style Santa Barbara ou quelque chose de très kitch et à part la plomberie fatiguée, les lits qui grincent dangereusement et les marches de l'escalier inégales, il est très confortable.
Dîner dans un restaurant avec dancing, musique ringarde mais ambiance assurée, visiblement les ouzbèques adorent s'amuser.
12 août 2005
Visite du Gour Emir, grandiose mausolée de Tamerlan, la coupole intérieure est absolument magnifique, recouverte de feuilles d'or et de papier mâché en relief. Reposent également dans ce mausolée, ses fils et petits fils dont le préféré, le célèbre astronome et physicien, poète et homme politique Oulougbek.
L'après midi, visite du Registan qui veut dire « place du sable » où avaient notamment lieu les exécutions, entourée de quatre minarets. C'était autrefois une place stratégique où avaient lieu toutes les manifestations publiques
Trois immenses et magnifiques Madrasas (écoles coraniques) Oulougbek, Chir Dor et Tilla Kari.
A sa construction en 1417 la madrasa Oulougbek était la plus grande université d'Asie Centrale, on y étudiait le Coran mais aussi les mathématiques, l'astronomie, la philosophie, la littérature. Ces madrasas ont deux étages de cellules pour les étudiants, deux salles de conférences et aussi une mosquée. Le tout superbement décoré de mosaïques, d'écritures sur les minarets, sur les façades.
La madrasa Chir Dor érigée deux siècles plus tard est étonnante avec ses deux superbes tigres-lion ornant son portail.
Mais ce qui est décevant en Ouzbékistan c'est la présence d'échoppes, de magasins de souvenirs et d'antiquités dans les mosquées et lieu de visite. Cela gâche malheureusement la solennité de ces lieux chargés d'histoire.
L'après midi visite de l'observatoire d'Oulougbek, Il ne reste que la partie souterraine d'un sextant géant construit par ce grand astronome, mais aussi mathématicien et poète. A cette époque où les télescopes n'existaient pas Oulougbek écrivit un catalogue astronomique où il recensa la position de plus de mille étoiles.
Visite de la nécropole Shah-I-Zinda, d'innombrables mausolées tous plus superbes les uns que les autres et notamment l'un deux, magnifique dans lequel repose le cousin du prophète Mohamet. Ces lieux sont tellement chargés d'histoire qu'il faudrait beaucoup de temps pour flâner entre ces superbes constructions aux différentes techniques décoratives et tant de styles architecturaux allant du XI au XVème siècle ...
13 août 2005
Visite du Mausolée Al Boukhari, à une trentaine de kilomètres au nord de Samarkand, du nom d'un des saints les plus vénérés d'Ouzbékistan, c'est un haut lieu de pèlerinage après La Mecque, entièrement rasé et reconstruit par le président (dictateur) Karimov en 1998, l'ensemble architectural est un peu clinquant mais une ambiance de calme y règne, le recueillement des fidèles est touchant et inspire le respect.
Un imam accompagne les fidèles qui, après la prière, lui glissent un billet dans les mains. Notre guide nous explique que la moitié des travaux ont été payés par l'Arabie Saoudite. Je flâne dans les boutiques avoisinantes et manque de craquer pour l'achat d'une horloge en plastique verre pomme en forme de mosquée.
14 août 2005
Nous roulons vers Boukhara dans un vrai bus confortable. Arrivée par des petites ruelles poussiéreuses, sous une chaleur étouffante, impression d'un monde médiéval et lointain ... Elle était une des villes les plus importantes de la route de la soie où tous les commerçants s'arrêtaient.
Boukhara
Arrivée dans notre gîte, après avoir poussé une majestueuse porte de bois, on se retrouve dans une cour intérieure bordée d'un iwan (auvent ou terrasse couverte dont le toit repose sur des colonnes de bois sculptées) une vigne rafraichit l'atmosphère au-dessus du charpaia (sorte de grand lit de bois recouvert de coussins sur lequel on peut prendre des collations ou se reposer)
Cette maison date de 1869 est une des plus belles de Boukhara d'après mon guide. B&B Hovli Poyon, 13 rue Usman Khodjaev.
Après une sieste bien méritée, nous partons dans les ruelles écrasées de soleil. Visite d'un ancien caravansérail. Par un escalier dérobé, nous montons sur le toit, et arrivons au niveau des terrasses de la ville, toutes les constructions sont en briques, ce qui fait des couleurs très douces. Le soir, dîner près du grand bassin bordé de mûriers centenaires. Il apporte une note de fraîcheur et beaucoup de vie à ce quartier.
Statue de Nasruddin, ce derviche voyageait sur son âne, il était une sorte de Robin des Bois local, beaucoup de légendes furent écrites à son sujet.
15 Août 2005
Visite de la Madrasa Nadir-Divanberg, mais il faut compter avec ses nombreux marchands installés à l'intérieur vous proposant mille et unes breloques, sacs, tapis, foulards de soie, céramiques, plats, ciseaux ...
Visite de l'adorable petite madrasa du Tchor Minor, qui veut dire quatre minarets, on monte sur le toit grâce à l'escalier d'une des quatre tourelles.
Visite de la mosquée Magok-I-Attari, la plus ancienne (et ma préférée) d'Asie Centrale, la façade est en terre cuite sculptée et vernissée. Construite sur le site d'un ancien temple bouddhiste puis d'un temple zoroastrien dédié à la lune.
Visite de la Khanaka Nadir-Divanberg, elle accueillait autrefois en pèlerinage, les derviches tourneurs, ils logeaient dans les cellules qui entourent la mosquée aujourd'hui transformée en galerie d'art. Superbes décorations de moulures peintes en papier mâché. Déjeuner près du bassin et sieste indispensable, il fait une chaleur étouffante.
Visite des madrasas, Kosh, Oulougbek et Abdud Aziz Khan.
Notre guide nous rappelle que la première madrasa pour les femmes fût construite par Oulougbek à Samarkand.
Et puis balades, palabres avec les marchands, allers et retours parmi les milles et unes boutiques et étalages des ruelles de la ville .... Bijoux, tapis, kilims, foulards et babioles, herbes aromatiques, CD et cassettes de musiques orientales ... à vous en donner le tournis ...
Et enfin l'inoubliable et magnifique ensemble Poy Khalon. Cet immense ensemble architectural comprenant la madrasa Mir-I-Arab, toujours en activité de nos jours avec une centaine d'étudiants, c'est d'après notre guide la plus réputée du monde musulman. On y étudiait aussi à l'époque soviétique.
Mais le plus fascinant est à mes yeux la redoutable tour Poy Khalon. Nous avons grimpé comme autrefois le muezzin, pour l'appel à la prière, les 105 marches de ce minaret. Surnommée la tour de la mort, y étaient précipités les malheureux condamnés.
Autant dire que la vue de là haut est absolument impressionnante. Cette tour était éclairée la nuit et servait ainsi de phare, les caravanes pouvaient se repérer. De forme conique, elle est construite en briques.
Il faut flâner, prendre son temps, dans ce superbe ensemble Poy-Khalon, il laisse au visiteur un sentiment de majesté, de grandeur mais aussi de recueillement notamment dans cette immense cour aux arbres centenaires où les croyants viennent prier.
C'est un lieu qui m'a fascinée et auquel je pense souvent, un lieu qui restera inscrit dans ma mémoire très longtemps ... Magie de Boukhara.
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